Historique Union Féminine

Historique de l’Union des Associations des Anciennes Élèves

des Lycées et Collèges de jeunes Filles (1904-1976)

Introduction

Dès la fin du XIXe siècle, les anciennes élèves des Lycées de jeunes filles (créés par la loi de Camille Sée en 1881) eurent l’idée de se réunir pour échanger leurs idées, sur les transformations qui s’élaboraient peu à peu dans la Société, et surtout quant au rôle que pourraient jouer les femmes dans la vie intellectuelle, sociale, économique et politique de la France : ainsi se créèrent dans plusieurs lycées de France des Associations d’anciennes élèves comme à Agen (1895) Alger, Brest, Caen, Lyon, Nice, Auxerre, Le Mans, Bordeaux, Nantes, St-Etienne, Le Puy et dans quelques lycées de Paris.

Le 9 avril 1904 quelques Présidentes de ces « A » cherchèrent à aller plus loin, en formant le projet d’une Union nationale de ces Associations dans un double but :

1) tisser un lien effectif, agréable, utile entre elles et continuer l’éducation intellectuelle et morale des anciennes élèves ;

2) venir en aide à celles qui devraient vivre de leur travail, afin de leur assurer des situations stables, honorables, suffisantes.

Création de l’Union des Associations d’Anciennes Élèves des Lycées de jeunes filles : 2 août 1904

Dès le 17 mai 1904, des Présidentes établissent un projet d’organisation de cette Nationale, et le 2 août 1904, les déléguées de 20 Associations, sous la présidence de Mlle Madeleine Desprez, se réunirent pour créer cette Union, en voter les Sta­tuts (publiés au Journal Officiel du 11 novembre 1904) : ce fut la première Assemblée générale.

Mlle Desprez y fit une brillante allocution, où elle rappelait que les anciennes élèves, « avec un enthousiasme vibrant, aimaient à retrouver les chères maisons de leur jeunesse », que les lycées de jeunes filles ne donnaient pas une culture de luxe pour femmes inoccupées, mais que l’éducation dispensée développait le goût et l’amour du travail, le travail étant le premier devoir social, et la condition de l’indépendance et de la dignité.

Et dans ce premier Comité, on élisait comme Présidente : Mlle Desprez (de l’A de Chartres). Y siégèrent aussi : Mmes Combat (V.-Hugo), Joly (Lyon), Lasalle (Lamartine), Lévi (St-Etienne), Milliard (Molière), Mehl (Le Mans), Rondeau (Auxerre), Sance (Bordeaux), Sénil (Nantes), Weill (Le Puy).

Dès 1906, L’Union recevait de nombreuses adhésions et en 1907, l’Assem­blée générale fut présidée par M. Léon Bourgeois (Sénateur) qui s’adressa à elle en ces termes :

« Vous êtes le groupe social des jeunes filles et femmes qui, du vœu et de la volonté de la IIIe République ont reçu un enseignement, une direction morale conformes aux nécessités du temps. La grandeur de l’enseignement républicain doit être connue de tous, comme doit l’être l’Union des Associations d’anciennes élèves ».

Mlle Milliard, du Conseil de l’enseignement supérieur, de plus rappelait « l’ouverture d’esprit, le goût des choses intellectuelles, le culte de la vérité, le développement de l’esprit critique, la logique, la mesure, la formation morale que donne le Lycée qui s’ouvre ainsi sur l’extérieur pour apprendre le sens de la vie actuelle. Aux Associations d’anciennes élèves de prolonger cette orientation. »

Quelle fut donc l’œuvre de l’Union ?

Trois buts, trois grandes réalisations :

I – Le Bulletin, organe de liaison entre les « A ». Il deviendra, au cours des années, une véritable revue d’activité féminine et consignera toute l’histoire de l’Union et des « A ».

II – La réforme de l’enseignement secondaire féminin à laquelle s’attacha l’Union.

III – La création de la « Maison familiale », appelée plus tard « Maison des Lycéennes », puis « Maison de l’Union ».

I – Le Bulletin fut, avant la guerre de 1914, trimestriel, distribué gratuitement aux « A » adhérentes et vendu aussi à l’abonnement.

Il comprenait de nombreuses rubriques :

Nous avons pu y lire les comptes rendus vivants des Assemblées générales, avec les Rapports des Présidentes, la chronique des « A » ; mais on y traitait des grandes questions pédagogiques posées en France et à l’étranger. On y trouve des études sur les carrières offertes» aux femmes ; l’Union avait même organisé un service de placement pour les jeunes filles sortant des Lycées.

Nous y avons relevé des renseignements précis sur ce qu’était, au début du siècle, la vie économique et sociale de la France, ce qui nous permet de constater l’évolution extraordinaire de ces 80 dernières années !

Dans ces temps difficiles et rigoureux, on conseillait aux jeunes filles d’acquérir une situation qui, en plus de l’aide matérielle qu’elle apporterait dans un foyer, leur permettrait de développer en elles : initiative et énergie.

Il ne faut pas oublier que les salaires féminins étaient alors inférieurs à ceux des hommes et que peu de carrières lucratives étaient offertes aux femmes. Aussi les membres du Comité de l’Union cherchèrent de toutes leurs forces à tailler une place honorable aux jeunes filles.

A St-Etienne, si l’industrie du ruban était alors prospère, elle offrait de bien pauvres situations aux femmes, qui pouvaient gagner de 1,50 F à 2,50 F par jour, les emplois plus lucratifs étant réservés aux hommes.

Les comptables et les dactylos arrivaient à 150 F par mois.

— Le professorat des écoles pratiques de commerce et d’industrie (qui se préparait au Havre) ne donnait que peu d’emplois : les traitements oscillaient entre 1.200 F et 4.700 F par an en fin de carrière (pour la Directrice). Les professeurs de dessin pouvaient espérer toucher entre 1.800 F et 3.000 F par an. Les carrières des arts du dessin (dentelles, broderies d’or, bijoux, dessins de soie) offraient aussi de maigres salaires.

— Le métier d’assistance aux malades se préparait dans des écoles, 10, rue Amyot, 66, rue Vercingétorix et le salaire était de 1.200 F par an.

— Pour être médecin, il fallait avoir d’abord le Bac (ce qui était rare pour une jeune fille) : en 1905, sur 3.558 médecins, à Paris, il n’y avait que 76 FEMMES ; et quelles difficultés étaient les leurs pour se faire une clientèle : on les prenait comme médecins dans les lycées de filles, ou en Algérie, pour soigner les femmes arabes…

Aussi vit-on se développer des mouvements féminins, comme la création du Conseil national des Femmes, se poser le problème de l’éducation sociale de la jeune fille et du vote des femmes.

On se préoccupa aussi de l’instruction postscolaire, en multipliant les conférences (transcrites in extenso dans les bulletins) les notes bibliographiques, faisant état de la parution des nouveautés scientifiques et littéraires.

II – La réforme de l’enseignement secondaire féminin :

Toutes ces considérations les conduisirent à demander pour les jeunes filles le droit de faire les mêmes études que les garçons. Elles posèrent alors la question du Diplôme de fin d’études secondaires (créé par arrêté du 28 juillet 1882).

Cet examen, passé au Lycée, devant un jury nommé par le Ministre de l’Instruction publique, sanctionnait les 5 années d’études dans un lycée : mais que donnait-il ?… Il permettait d’être « Répétitrices » ou « Maîtresses primaires de lycée » ou de se présenter à l’Économat des lycées de filles, ou à Sèvres (créée en 1881). Mais il n’était pas valable dans l’enseignement primaire élémentaire, car il n’était pas assimilé au Brevet Supérieur ; ni au Baccalauréat, donc on ne pouvait pas entrer dans les Facultés de Lettres, Sciences, Médecine : les jeunes filles se trouvaient exclues des professions réservées aux garçons.

L’Union travailla d’abord à faire reconnaître ce diplôme, comme équivalent du Bac. Malgré l’appui de M. Paul Appell (doyen de la Faculté des Sciences) et de Mlle Monod (du Conseil des femmes françaises) ce fut un refus net et complet.

La question restait brûlante : d’une part, on reprochait au Diplôme d’être un examen intérieur à l’établissement et de donner « des clartés sur tout, sans les approfondir », d’autre part, certains restaient attachés à l’esprit de l’enseignement féminin, refusant de le modifier : « une jeune fille ne doit pas devenir un garçon », mais d’autres pensaient déjà qu’une fusion des enseignements serait profitable à tous, « rêve, peut-être qu’on réalisera dans l’avenir »… (disait-on).

L’Union chercha alors une autre solution et l’obtint : organiser la préparation du Bac dans les lycées de filles, au moyen de cours spéciaux, même de latin, payés par les parents.

Aussi en mai 1907, alors qu’on célébrait le 25e anniversaire de la création de l’enseignement secondaire féminin, dans une fête au Trocadéro et à Sèvres, en présence du Ministre de l’Instruction Publique, la présidente de l’Union, Mlle Desprez, put entendre les applaudissements décernés à l’émancipation de l’esprit féminin « qui avait su harmoniser le culte du savoir, aux nécessités du rôle de la femme dans la Société ».

C’est donc ainsi que l’Union, par ses démarches réitérées, ses appels pressants, est à l’origine de la réforme de l’enseignement secondaire féminin, qui ouvrait aux filles, la possibilité de faire les mêmes études que les garçons.

Dès 1911 sur 41.190 étudiants répartis en 16 Universités, on dénombrait 3.954 jeunes filles (dont 2.149 en lettres et 2.121 à Paris).

III – « La Maison familiale »

Mais si les jeunes filles viennent faire des études supérieures à Paris, il faut y créer un établissement familial où leur protection matérielle et morale sera assurée, car beaucoup de parents, en ce début du XXe siècle, hésitaient à envoyer leurs filles toutes seules dans ce grand Paris.

Dès 1905, cette idée est lancée, et le Comité de l’Union se met au travail : mais pour construire ce Foyer, il faut des capitaux et l’on n’en a pas, et un patronage : on trouva plus facilement celui-ci en les personnes de M. Liard (vice-recteur de l’Académie), M. Léon Bourgeois (ancien président de la Chambre), M. Van Brock (philanthrope) Paul Deschanel, M. Martin (Ministre de l’Instruction Publique) qui s’enthousiasmèrent à cette idée :

On commença à amasser un petit capital de 16.549 F grâce à des ventes de charité, des souscriptions. C’était bien insuffisant, car il aurait fallu au moins 300 000 F pour matérialiser cette idée généreuse !

C’est alors, que près du Panthéon, le Comité découvrit deux petits pavillons désaffectés, dans un jardin appartenant aux religieuses Bénédictines, qui acceptèrent de les louer : 4.000 F par an avec un bail de 3 ans. On se mit tout de suite à l’ouvrage pour améliorer les lieux, les meubler, et le 1er oct. 1906 ON PUT LOGER 20 jeunes filles appartenant aux « A » de leur lycée ou adhérentes à l’Union. Elles payaient entre 90 F et 100 F par mois pour être logées, nourries ; chauffage, éclairage (pas d’électricité) et blanchissage à leur charge.

« L’œuvre est belle et mérite qu’on y consacre ses peines, ses forces, son temps, disait la Présidente, Mlle Desprez. Les parents savent que leurs filles y sont en sécurité matérielle et morale, et qu’elles y retrouvent les douceurs de la famille, une direction affectueuse et dévouée, une paisible oasis du travail », d’où le nom de « Maison familiale » qui fut donné.

La première directrice fut Mlle Bonnet, professeur d’anglais. Le règlement était strict, quant aux heures de repas et de sorties (on ne devait sortir que 2 fois par semaine et ce jusqu’à 22 heures) un repas seul coûtait 1,20 F, un bain chaud : 0,50 F.

Mais la ruche était jeune, gaie et joyeuse. La Directrice, très cultivée, réunissait les pensionnaires pour des causeries, conférences, conversations en anglais, séances de couture, musique.

Les demandes d’admission dépassèrent bientôt le nombre des places et dès 1908, on songea à s’agrandir, à acheter du terrain, à construire la « Maison des Rêves »…

C’est alors que grâce à la loi Siegfried, ces dames purent créer une Société anonyme coopérative, à base d’actions de 25 F, ce qui permit d’emprunter à 3 % les sommes nécessaires : 83.000 F pour l’achat des 2 pavillons et du terrain avoisinant, et se lancer ainsi dans la construction de l’aile Ouest.

« La Société, c’est nous-mêmes » expliquait la Présidente, puisque l’Union en est la principale actionnaire et nous y avons placé nos capitaux. Les autres actionnaires sont les amis et les « A » qui l’ont bien voulu : nous pourrons leur distribuer des intérêts ». Cette Société reçut le nom de « Société Maison des Lycéennes » bien que l’on aurait préféré garder celui de « Maison familiale ».

L’organisation fut la suivante :

— La Société était propriétaire des murs et du terrain et louait les chambres aux jeunes filles (l’Union restant majoritaire quant aux Actions de cette Société).

— L’Union était locataire, membre du Conseil d’administration de la Société, gardait la charge du restaurant et du service, prêtait les meubles.

— Le 15 avril 1910, l’acte d’achat était signé, la Directrice était nommée par l’Union, agréée par le Conseil d’administration de la Société et touchait 1 000 F par an (plus les avantages en nature), la bonne était aussi concierge.

M. Lucien Poincarré, directeur de l’enseignement secondaire, était membre du Comité du patronage, et le Ministère de l’Instruction publique versait une subvention.

— Le 18 juin 1911, grâce aux travaux habilement dirigés par l’architecte M. Rondeau, un bâtiment de 4 étages, donnant sur les-jardins conventuels, était inauguré dans « une grande fête mondaine et de l’esprit »… où l’on remarquait : M. Léon Bourgeois, M. Martin, M. Appell, M. le Député Desplas, Paul Crouzet et Mme, Mlle Milliard, etc.

Une très belle représentation suivit et l’on entendit : le violoniste Baladi, le pianiste A. Cortot, la cantatrice Ninon Vallin, des artistes de la Comédie française et le grand Mounet-Sully.

Désormais, la Société « Maison » et l’Union des A allaient mener une action efficace, intimement mêlée, car cette Maison était vraiment « la fille de l’Union ». Le siège social de l’Union était transféré alors à la « Maison », 5, rue Amyot et y est resté depuis, 40 pensionnaires vivaient dans ce Foyer, y suivaient des cycles de conférences (prononcées par des hommes éminents) comme « le socialisme en France — la femme musulmane — les religions de l’Inde et de la Chine — l’enseignement de l’Histoire, etc. » tout en préparant leurs examens.

Aussi, le 20 mai 1914, l’Union était reconnue d’utilité publique, recevait une subvention de 150.000 F et espérait devenir propriétaire à part entière.

La Vie de l’Union de 1914 à 1976

I – La guerre de 1914

interrompit cette belle activité ! Alors qu’on allait démolir les vieux pavillons pour construire une nouvelle aile, les pioches s’arrêtèrent et l’on dut se contenter de ces pavillons et de l’aile inaugurée en 1911. Pendant quelques mois la « Maison » servit d’abri pour des enfants réfugiés.

Puis en octobre 1914, 49 pensionnaires revinrent et vécurent dans ce Paris en guerre ; la Maison continuant de fonctionner, non sans difficultés : difficultés de ravitaillement, de chauffage et angoisse de l’heure présente. On créa un ouvroir, le 3 novembre, qui collabora avec « l’œuvre du Sou du lycée ».

Les conférences étaient toujours très écoutées, comme celle de Mme Sieg­fried sur « la guerre et le rôle de la femme », montrant le courage des femmes, et disant que la « France faisait la guerre contre la guerre pour la justice et la liberté ».

Cependant la vie était terne, douloureuse… on travaillait dans une attente crispée, sans récréation ; le coût de la vie montait, la grippe espagnole s’abattit, on essaya de tenir quand même et cette situation dura jusqu’à la fin de la guerre…

II – Une renaissance entre les deux guerres

La vie reprend en 1920 : quelques bulletins commencent à paraître. Devant tant de morts à la guerre, on pense qu’il faut lutter contre la mortalité infantile, s’occuper des orphelins, avoir des filleuls.

D’autre part, l’Union est absorbée par sa tâche dominante : faire marcher la Maison. Or en 1922, on est au même point qu’en 1914. Et pourtant les plans de construction de M. Rondeau sont prêts, mais le coût en a triplé !

L’Union intéresse de nouveaux amis, demande une aide financière aux « A » qui envoient 35.173 F de dons. Le Ministère accorde une subvention de 220 000F. La Société « Maison des Lycéennes » emprunte à la Caisse des Dépôts, l’Union donne tout son capital : 294.325 F et l’on peut commencer à démolir les vieux pavillons. On trouvera alors des débris de poteries romaines.

En 1923 : les Bulletins signalent un projet de collaboration avec l’Union masculine. Mme Massoulier représente l’Union féminine au Congrès de Brest, mais chacun reste sur ses positions défensives, l’Union féminine craint d’être subordonnée à l’Union masculine, elle voudrait l’égalité entre Président et Présidente et l’Union masculine se refuse à l’idée d’avoir un jour une Présidente !

L’Union reprend seule ses travaux et en 1925 une nouvelle aile de 5 étages est construite avec le confort moderne (chauffage, eau courante dans toutes les chambres) on peut ainsi loger 60 jeunes filles pour un prix de pension de 320 F à 370 F par mois.

Pour aménager cette nouvelle construction, on donne un bal dans les salons du Ministère des Travaux publics, le 2 mai 1926, et un récital de chant avec Yves Tinayre en 1927.

L’Union groupe alors 116 « A » adhérentes — et le 25 mai 1930 (parce qu’on n’a pas pu le faire en 1929) c’est la célébration du 25e Anniversaire de l’Union, à la Sorbonne, sous la présidence de M. Francisque Vial, directeur de l’enseignement secondaire, qui fit un exposé tout à l’honneur de l’Union, s’étonnant cependant que la fusion avec l’Union masculine ne se fasse pas !… Ces dames lui répondirent qu’elles avaient des relations cordiales avec celle-ci, mais qu’elles préféraient travailler seules n’ayant pas les mêmes préoccupations, ni les mêmes objectifs »…

Le Cinquantenaire de l’enseignement secondaire féminin en 1931 les trouve dans les mêmes dispositions d’esprit, fières d’avoir pu donner ses titres de noblesse à cet enseignement qui faisait dès lors participer les jeunes filles aux mêmes études que les garçons.

Et c’est alors une grande fête à la Sorbonne, sous la présidence de M. Pierre Sée (fils de Camille Sée) suivie d’un banquet au quai d’Orsay, Mlle Desprez y représente l’Union.

Les « A » continuent d’adhérer, nombreuses, et l’A de Pau peut même créer un Foyer : maison de repos et de retraite.

Enfin, Mlle Desprez, est invitée, le 17 décembre 1933, au centenaire de l’A des Anciens élèves du Lycée Henri IV.

Mais celle, qui, pendant 32 ans, avait assumé la présidence de l’Union, meurt en 1937, en léguant ses 160 actions à l’Union et 100.000 F en espèces.

III – Une nouvelle épreuve : la guerre de 1939-45

« C’est la mort qui se déchaîne, au nom d’un droit à l’espace vital » dit la nouvelle Présidente à l’Assemblée générale de 1940 : dispersion-évacuation, et au mois d’octobre 1940, la Maison fonctionne avec un effectif réduit et en proie à de grandes difficultés, en particulier pour le ravitaillement, puis avec les dangers journaliers de l’occupation nazie… La gestion du Foyer est de plus en plus compliquée avec l’augmentation des prix courants ; le déficit s’accroît, bien que la nouvelle Trésorière, Mlle Lafouge, fasse des prodiges d’économie.

Les « A » sont sinistrées, elles ferment leurs portes, on n’imprime plus de Bulletins. L’Union se replie sur elle-même… Plusieurs membres du Comité disparaissent… C’est pour toutes, la longue tragédie des années sombres de la deuxième guerre mondiale !

IV – Mais tel l’Oiseau-Phenix, l’Union renaît en 1946…

Comme nous le prouve l’Assemblée générale de 1946 ; quel bonheur de se retrouver et de participer à nouveau à l’œuvre commune : d’abord aider par des dons les « A » les plus sinistrées comme Boulogne, le Havre, Toulon, Vitry- le-François. Mais on se compte aussi, et un grand nombre manque à l’appel comme Mmes Desbulleux, Delzant, Dellac, Bumsel (morte en déportation) et hélas, bien d’autres qui ne sont pas revenues des camps nazis et s’inscrivent dans un douloureux palmarès…

Mais c’est encore l’ardeur à reconstruire, la foi en une vie qui pourrait être meilleure qui animent l’Union des « A » et les « A » elles-mêmes. Le nombre des adhérentes augmente dans chaque « A » et au sein de l’Union qui groupe en 1950 : 141 « A ». On se dévoue pour reconstituer les éléments bouleversés et aider toutes celles qui sont dans la peine et le dénuement.

Enfin la Maison des Lycéennes est toujours une maison de famille où l’on aime à se retrouver. L’enseignement secondaire féminin se développe de plus en plus : de nouveaux lycées de filles sont créés. L’Union continue par l’inter­médiaire de son Bulletin à faire connaître l’activité, l’évolution des « A », elle reste le lien indispensable entre chacune d’elles.

V – La crise de 1960

Hélas, cette euphorie est de courte durée, car depuis 1956, la gestion du Foyer s’avère de plus en plus lourde, et les « A », de leur côté, ressentent des difficultés quant au recrutement de leurs membres, et pourtant l’on repousse toujours l’idée d’une fusion avec les « A » masculines.

On se trouve plusieurs fois sans Directrice pour le Foyer, et les membres du Comité, à tour de rôle, en assument la charge !

Les pensionnaires, elles aussi, créent des difficultés, car elles ne se plient guère aux horaires, au règlement intérieur. Or le personnel de service veut ses libertés, et il faut satisfaire aux conditions des lois sociales nouvelles, et ces charges sont lourdes !

Bien que Mlle Lafouge ait réussi à créer un portefeuille de plus de 40 millions de francs anciens, quand elle meurt en 1962, au sein de l’Union, c’est l’affolement : ces dames pensent que l’organisation actuelle du Foyer n’est plus viable, à cause de la concurrence des foyers universitaires, gérés par l’État, du changement total de la vie estudiantine et des charges sociales.

Aussi, sur la proposition de Mme Weill, on loue le Foyer à la Fondation des Étudiants de France, dirigée par le Docteur Douady (qui doit y installer des débiles légers). Et ce Foyer, que l’Union avait créé et qui avait été une des raisons de sa vie, est fermé en juillet 1962.

De 1963 à 1971 : l’Union vivote… elle donne des Bourses de logement aux anciennes élèves méritantes, grâce aux intérêts de ses capitaux…

Puis tout à coup, un sursaut de révolte… « il faut récupérer le Foyer et l’ouvrir à nouveau, mais dans d’autres conditions ». Un procès est entamé contre la Fondation de France, procès deux fois perdu !

Mais en 1969, la Fondation, lassée de cette lutte stérile, renonçant à son maintien judiciaire dans les lieux, s’en va et laisse le champ libre à l’Union.

Alors, sous la présidence de Mlle Dalligny, qui y consacra ses forces, son temps, sa foi, c’est une fiévreuse impatience qui s’empare de l’Union. Elle vend la presque totalité de son portefeuille (qui se montait alors à plus de 50 millions de francs anciens), convoque les architectes, et rénove la vieille maison.

En octobre 1971, le Foyer ouvre ses portes, les jeunes filles peuvent s’installer dans des chambres modernisées, et prendre leur petit déjeuner dans une cafétéria accueillante. Mais on ne leur donne plus déjeuner et dîner, car on sait bien qu’on ne peut lutter avec les prix des restaurants universitaires.

L’Union redevient locataire de la Société et gère le Foyer.

Conclusion :

La presque totale mixité des établissements d’enseignement obligea à repenser à une collaboration avec l’Union masculine.

Déjà plusieurs « A » féminines, dont les lycées étaient devenus mixtes, avaient adhéré à cette Union.

Pourquoi rester séparés ?… alors que tous les intérêts concordaient. Les jeunes « anciens et anciennes » n’accepteraient pas cette ségrégation !

L’Union fait la force : n’y aurait-il pas, grâce à la Fusion, moyen de redonner vie et intérêt à l’Union et aux « A », qui voudraient suivre cet exemple ?… des deux côtés, on en discuta longtemps !

On reprit donc, de part et d’autre, les négociations en créant d’abord un « Comité de liaison ». Pendant un an celui-ci étudia le problème, établit un « Protocole d’accord » élabora de nouveaux statuts.

En 1976, la fusion des deux Unions fut réalisée :

sous les présidences de Mme Chaintron (pour l’Union féminine) et de M. Georges Petit (pour l’Union masculine).

Les deux Comités existants démissionnèrent : un nouveau Comité mixte, élargi à 24 membres, fut élu.

La nouvelle Union, prit le nom de :

« Union des Associations d’anciens et anciennes élèves des Lycées et Collèges français »

restant « d’Utilité publique » et gardant le C.C.P. de l’ancienne Union féminine.